mercredi 1 octobre 2008

Dans le sillage d'Ulysse

Il est des voyages au long cours dans les livres dont on se souvient toute sa vie, comme "L'Odyssée", "Vingt mille lieues sous les mers".... Aujourd'hui, la modernité n'offre plus de continents inconnus de par le monde sauf un : celui, partiellement exploré, de la nature humaine! C'est une infime partie de cet univers complexe et en éternelle expansion que nous propose de visiter Georges Flipo avec son recueil de nouvelles "Qui comme Ulysse"...a fait un long voyage dans le dédale haletant, parfois extraordinairement exécrable, parfois émouvant, de l'âme humaine. Il sait pointer le petit détail du quotidien et le fait sortir de l'ordinaire: ainsi le défaut saute aux yeux, la tendresse est amplifiée, l'humour corrosif ou amical.
En quatorze nouvelles, Georges Flipo fait voyager son lecteur entre Paris, les Alpes, l'Amérique du Sud, le Magreb et l'Inde, lieux mythiques s'il en est; en quatorze étapes, il décortique au scalpel de son écriture, les petits arrangements avec la conscience, la lumineuse poésie d'une adolescente au futur improbable, le romantisme tardif d'un chef d'entreprise, la rencontre extraordinaire entre deux maîtres dans un coin perdu de pampa autour d'un échiquier aux accents mystiques, les pleurs d'une fillette aux pieds en sang pour satisfaire le désir d'exotisme des touristes occidentaux, la virtuosité créative autour des fourneaux venue au secours d'une inspiration défaillante, la liberté d'être de mères de famille BCBG lors de leur échappée belle montagnarde, l'ailleurs étonnant d'un voyageur du Net ou les glanages puisés dans les malheurs d'autrui.
On sort de la lecture de ces nouvelles, surpris par la sagacité de l'auteur envers son prochain, ému par les sujets douloureux abordés sans pathos, enchanté par la qualité de l'écriture qui dessine avec subtilité toutes les misérables failles de l'être humain. Georges Flipo nous fait rire, sourire et pleurer en jouant avec virtuosité sur la gamme étendue de la cruauté, de la bêtise (huuummm ces touristes d'une "beaufitude" pathétique en Inde!), du cynisme, de la poésie, de la tendresse, de l'insolite et des masques virevoltant au rythme du tango.
Le voyage que le lecteur entreprend aux côtés de l'auteur comme des personnages est autant intérieur que de villégiature: il remonte aux sources d'une nostalgie submergeant les souvenirs d'une enfance comme aux sources d'un tourisme glauque, irrespectueux de la culture de l'Autre ou absolument abject...même si un personnage par son sacrifice tente de racheter le péché occidental. Le voyage proposé a aussi les accents du voyage initiatique: ainsi cette partie d'échecs sublimissime, dans un village perdu au milieu de nulle part, dans un espace-temps sans début ni fin, à laquelle les saints mineurs sont appelés à jouer et à montrer combien le matériel est juste une question de perception des choses et du monde. Ou encore, cette soirée de tango où les masques invisibles se tricotent au rythme des notes de musique, sirènes attirantes et ô combien douces aux oreilles de celui ou celle qui l'espace d'un soir devient un autre.
L'humour de l'auteur, que je goûte régulièrement en lisant ses désopilantes chroniques sur son blog, est d'une saveur toute particulière dans la nouvelle "Qui comme Ulysse" où un auteur expatrié chercher désespérement à retrouver l'inspiration en réalisant les mille et une recettes d'empanadas de son pays. N'est-ce pas ce que font certains auteurs en déclinant un ou plusieurs sujets de prédilection en multiples saveurs et assaisonnements? Cet humour est aussi savoureux dans "La route de la soie" ou dans "La marche dans le désert": il égratine, écorne, certaines pratiques d'internautes et de décideurs (les fameux séminaires pour se ressourcer ou affermir la cohésion des cadres!!).
Le recueil se déguste ou se dévore et sa lecture laisse le lecteur sous le charme des récits qui l'ont fait passer par tout une gamme d'émotions précieuses et belles.
J'avais beaucoup lu de jolies chroniques sur Mr Flipo et je dois avouer que sa belle réputation de nouvelliste est loin d'être usurpée! Mon voyage a été d'une grande diversité et c'est avec un immense plaisir que j'ai visité une riche partie du monde, encore à explorer, qu'est la nature humaine!
Encore merci pour cette très belle découverte!


5 commentaires:

sylvie a dit…

whaou! super billet! j'ai choisi de lire cet été "la diablada", qui est un bon recueil aussi. Qui comme Ulysse fait le buzz... Avec un titre pareil et après un billet comme le tien, ce titre va finir par devenir un surligné-incontournable-à lire absolument dans ma lal...

Armande a dit…

Bonjour,
Une petite surprise t'attend sur mon blog, un moyen de te montrer combien j'apprécie de pouvoir partager tes impressions de lectrice.

Karine :) a dit…

Tous des avis positifs si je ne m'abuse! Comme je le dis à chaque fois... va falloir que je me mette aux nouvelles!!!

keisha a dit…

Ce livre ne fait que des heureux ! Il va falloir que j'en lise d'autres de l'auteur.
(Merci pour le lien)

Joelle a dit…

Moi qui aime les voyages, je sens que ce livre va me plaire !