lundi 16 février 2009

Le scénario de sa vie


L'humour dévastateur de Georges Flipo frappe encore dans son nouveau roman "Le film va faire un malheur". Alexis est un jeune et ambitieux metteur en scène, oups pardon, réalisateur (mais où avais-je la tête?), embarqué, à son corps défendant, dans une histoire littéralement rocambolesque dont la réalité dépasse sans conteste la fiction.
Nous sommes en Normandie, à Deauville, un matin de bonne heure. Alexis descend faire son jogging, le sourire aux lèvres: sa compagne Clara resplendit, un appel téléphonique de Jean Lemarin, sénateur-maire de la ville organisatrice du festival du film tiers-mondiste, semble lui assurer un couronnement, qu'il estime amplement mérité, de son film "Zoubeida l'africaine". Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes! Las, mille et une fois las, rien ne se déroule comme prévu: d'abord, ce n'est pas Jean Lemarin qui se pointe au rendez-vous mais son fils, Jean-Guy qui lui propose de passer son film en avant-première dans le cadre du ciné-club de la prison; ensuite, Alexis se laisse attendrir par un détenu cinéphile, Sammy, qui souhaite lui soumettre son projet de film, celui de sa vie de malfrat;enfin, notre Alexis, au lieu de mettre un bémol à son enthousiasme se fend de quelques lignes malheureuses qui ruinent la carrière de son film. Bref, voilà Alexis embarqué dans un engrenage pitoyable et d'un indicible ridicule!
Entre les mensonges et les demi-vérités, Alexis s'efforce de naviguer parmi les truands, les terroristes et les requins de la publicité, est délaissé par sa Clara, qui se laisse charmée par le bagou et la délicatesse d'un Sammy en osmose avec le film de sa vie, et séduit (du moins alpagué) par une beauté blonde à la plastique suggestive jouissant bruyamment lors de leurs moments d'intimité; Alexis, comble du comique, est soupçonné de connivence par la police (un tantinet à l'ouest dans l'enquête mais nous sommes en plein vaudeville alors ne nous attendons pas à de la cohérence!) pour finalement décrocher enfin la célébrité tant désirée....mais à quel prix!
L'action est débordante, le lecteur est essoufflé à suivre les diverses élucabrations des uns et des autres, il perd le fil dans les entrelacs des effets et des causes, dans le joyeux mic-mac instauré par un Georges Flipo très en verve. Certes, Alexis est un personnage très, mais alors trèèès énervant: j'ai eu envie de le secouer pendant une grande partie du roman....jusqu'à ce que je me rende compte que ce genre de type est absolument irrécupérable et imperméable à tout raisonnement! Cependant, qu'est-ce qu'il a pu me faire rire, un vrai bonheur de situations plus improbables les unes que les autres, des dialogues risibles et convenus où l'ironie mordante est présente comme une certaine tendresse! Alexis est l'archétype du mec détestable tant par sa désinvolture empreinte de lâcheté que par son obsession de la célébrité et du renom, tout en attendrissant son monde par son inacapacité à choisir! Alexis serait-il un pur produit de notre société moderne: un adulescent ?
j'ai adoré le personnage de Sammy, la glu, le post-it qui revient sans cesse à la charge et qui ne désarme jamais. Je ne sais pas pourquoi, mais Sammy avait, dans mon imagination, les traits d'un Denis De Vito au mieux de sa forme (allez, avouez Mr Flipo que vous y avez pensé aussi en dressant le portrait de Sammy!). C'est avec sa gestuelle, ses poussées d'adrénaline (rappelez-vous "Casino") et son verbiage, que Sammy bougeait, parlait, envahissait l'espace intime du récit! La scène de la recette corse des aubergines est absolument délicieuse et offre définitivement la palme de la tendresse et du glamour à Sammy.
En cherchant bien, j'ai trouvé un petit bémol au roman: je trouve la fin un peu trop tirée par les cheveux....un "deus ex machina" trop lapidaire dans l'avant-dernier chapitre "Cité de la joie" qui en fait des tonnes sans pour autant faire avancer l'histoire. Par contre, je n'ai pas décelé le côté kafkaïen de l'intrigue....peut-être se cache-t-il derrière les cascades de malentendus vécues par Alexis? Cependant, le "Clap de fin" est une conclusion digne du héros, ou plus excatement de l'anti-héros...il rate même son lancer de canette vide, raté augurant d'une éternelle poursuite du bonheur selon l'ego d'Alexis.
Au final, "Le film va faire un malheur" est un roman divertissant, drôle, ironique et parfois méchant (le pauvre Alexis est vraiment celui qui passe à côté de sa vie). Un roman entre la comédie de moeurs dans l'air du temps, le thriller de série B bon teint et le western spaghetti, au sens noble du terme. On rit et on est agacé, parfois on s'ennuie avec cet anti-héros pénible, que l'on désire secouer pour le faire redescendre de son piédestal de pacotille, et surtout on jubile à la lecture des petits et grands travers d'une micro-société dans le paraître et le clinquant.

Les avis mitigés de Biblioblog et Papillon et ceux plus enthousiastes de lily culturofil sybilline keisha fashion cathulu



4 commentaires:

keisha a dit…

Sûr que Alexis n'est pas un héros auquel on s'attache ... de Vito pour Sammy ? c'est vrai qu'on est tous en train de faire un casting pour ce film euh ce livre!

Nath a dit…

Je reviens vers toi après une longue pause et un long silence, désolée... Merci pour ton beau billet lecture, hum-hum, je note. Bises et à bientôt !

Gambadou a dit…

j'ai peur qu'il soit un peu trop fouilli... je passe

L'auteur a dit…

Je suis très intéressé par cet article, même par vos quelques bémols, et je ne peux que vous en féliciter.
Mais je me dois de publier un rectificatif : l'acteur américain auquel je pensais sans cesse, chaque fois qu'intervenait Sammy, ce n'était pas Denis De Vito, c'était Ben Affleck.
Mais je vous promets d'inviter De Vito au casting.