mercredi 19 août 2015

Le rail, la vie?


2050 après JC, la lune, notre beau et romantique satellite, régisseur des flux marins et féminins, explose en mille et un éclats nucléaires, recouvrant la Terre d'un nuage épais de débris. Les Hommes avaient transformé la lune en poubelle nucléaire... et ce qui devait arriver arriva : l'hiver nucléaire.

Trois cents ans plus tard...

Une société ferroviaire régit la vie des rescapés du cataclysme lunaire, d'une poigne de fer, striant la Terre, devenue une immense banquise, de rails, sur lesquels roulent des convois d'usines ou de villes. « L'immobilisme c'est la mort, le mouvement c'est la vie » tel est le nouveau Credo terrien.
La Terre est partagée, en parts plus ou moins égales, entre quelques grandes puissances dont la Panaméricaine, la Transeuropéenne et la Sibérienne.

Le froid règne en maître absolu, balayant la moindre idée de vie dès que l'on quitte les dômes protecteurs, dispensant les 15 degrés et les 1500 calories minimum en-deçà desquels la vie devient une gageure de chaque instant.

Une caste règne sur la société humaine : les Aiguilleurs. Ils ont la connaissance, l'expérience pour gérer les aiguillages ferroviaires, sans eux pas de mouvements donc sans eux pas de vie.

Les dômes sont entretenus par des hommes étranges, à la longue fourrure, adaptés au froid de la planète : les Roux, hominidés ou hommes à part entière ?

Des mots interdits tels que « soleil », « lune », « ville », « aéroplanes », « dirigeables », concepts subversifs pouvant donner envie aux hommes aliénés par le rail, de revoir le ciel bleu et sentir la chaleur de l'astre caché par le « ciel croûteux ». 
L'ignorance est telle que les descendants des rescapés pensent que l'espace au-dessus du ciel bas et gris, n'existe pas, que la culture scientifique a disparu, laissant place à une « tabula rasa » des plus dévastatrice. La science et l'esprit scientifique sont conservés par les Rénovateurs, ennemis publics de la société du rail.

Le froid, la malnutrition, le mouvement perpétuel imposé aux survivants, de la Catastrophe depuis 350 ans, ont provoqué une baisse de la taille moyenne des Hommes, les ont rendus malingres, souffreteux avec une espérance de vie d'une quarantaine d'années.

De la civilisation d'avant l'ère glaciaire, il ne reste que des villes figées dans la glace, des documents jalousement conservés par la Nouvelle Rome ou les Aiguilleurs. Seule, une ville orientale, Karachi Station, offre au hardi visiteur la possibilité d'accéder à ses archives, celle de la Bibliothèque d'Archives Manuelles. Encore faut-il avoir le courage, l'opiniâtreté de s'y rendre : Karachi Station est aux mains d'une ethnie sauvage et illettrée n'octroyant son blanc seing qu'au prix de sommes folles.

350 ans de vie qui n'en est pas une, sous le joug des Compagnies dirigeant dans la toute-puissance l'Humanité.

Soudain, un glaciologue de seconde classe, Lien Rag, ouvre les yeux sur le monde et décide de comprendre pourquoi la Terre est devenue inhospitalière, d'où viennent les Hommes Roux, d'où les Aiguilleurs détiennent leur emprise sur la vie de tout un chacun.

L'éveil de Lien Rag provoque un voyage sans précédent dans le passé, le présent et le futur de la Terre. 
Sa quête le conduira aux postes élevés, à la fréquentation des Grands de son monde, à mettre en œuvre des projets insensés tels que le tunnel sous glaciaire reliant le Nord au Sud de la Panaméricaine ou le pont d'arches reliant la banquise de l'océan Pacifique à la Panaméricaine.

Lien Rag aura de nombreuses aventures amoureuses dont une avec une jeune femme Rousse qui lui donnera un fils, Jdrien, enfant précieux et télépathe, futur Messie des Roux.

Son chemin et sa vie croiseront Yeuse, Lienty Ragus dit Gus, le Gnome devenu plus tard le Kid, Lady Diana, Présidente de la Panaméricaine, Floa Sadon, Ann Stuba, scientifique Rénovatrice, Liensun, son deuxième fils, Kurts, pirate au long cours, les Hommes-Jonas vivant en symbiose avec les Solinas, une espèce de baleine qui a accepté de vivre avec les hommes, Harl Mern, ethnologue qui lui ouvrira des horizons infinis dans la compréhension de ce que la Terre subit, Palaga, le Maître Suprême des Aiguilleurs, une famille de tueurs liée aux Aiguilleurs depuis la nuit polaire, les CCP, jeunes gens révoltés contre le système établi, inventant une République totalitaire où après l'âge de 30 ans, les gens sont mis au rebut car devenus adultes.

Au cours de son périple, Lien Rag entendra parler de Concrete Station, du S.A.S, Salt And Sugar (le Sel et le Sucre), avant de savoir sur quoi ces concepts reposent : l'Abominable Postulat, pierre angulaire de cette Terre soumise aux glaces éternelles,il apprendra le mensonge dans lequel est maintenue l'Humanité quant à la durée de l'ère glaciaire

Cette saga épique ne peut se résumer, elle ne peut que se vivre dans sa lecture. « La Compagnie des glaces » est une série de romans de Science-Fiction où divers genres littéraires se croisent, se mêlent : on y trouve l'épopée avec sa Quête, le roman policier et d'espionnage, le roman noir et le roman de gare car il y a des moments sirupeux, respirations cocasses parfois entre deux courses folles sur les glaces effroyables balayées par des vents d'une violence inouïe.
La saga montre combien l'Homme est doté de ressources pour survivre à tout prix, combien il peut s'adapter dans un milieu hostile, au même titre que certaines espèces animales (rats, goélands, requins, baleines et orques, moutons et loups). Le lecteur suit les aléas des héros, de ces hommes et femmes qui, par la force de leur volonté de vivre et de comprendre, iront jusqu'au bout de leurs idéaux, pourvoyeurs de lumière, au sens philosophique du terme, à l'attention de leurs semblables.

Le lecteur ne pourra s'empêcher de lier les Hommes-Jonas à Jonas et la baleine, bien entendu, mais aussi à la situation des descendants des colonisateurs d'Ophiuschus IV vivant, plus mal que bien, dans l'antre du Bulb, animal stellaire transformé en satellite vivant.
Les mythes fondateurs sont revisités pour notre plus grand plaisir, tout comme la situation géo-politique des années 1980- 1990 : Guerre Froide, dictatures du XXè siècle, l'impermanence des lamas tibétains et des bonzes, la mondialisation, rouleau compresseur moderne, du capitalisme exacerbé.

Arnaud suit une tradition littéraire, celle du feuilleton, initiée par de grands écrivains populaires tel que Dumas. Cependant, on ne peut que relier cette saga aux romans de la « Comédie humaine » de Balzac. Oui, j'ose aller jusque là car l'auteur a des accents balzaciens dans ses descriptions, dans la dimension psychologique de ses personnages. 
De plus, le cycle d'Arnaud ouvre au lecteur de multiples interprétations : économique (les années 80 sont celles de la crise de l'énergie) les Compagnies sont préoccupées, sans cesse, par l'énergie pour subvenir à leurs besoins d'expansion mais aussi à ceux de leurs « Voyageurs », politique, à travers les personnages de Lien Rag, Yeuse, Gus, il analyse les différents comportements de résistance face à la dictature, symbolique (les rails structurent la matière romanesque dans la dualité et sont le cordon ombilical des « Voyageurs » pour qui la vie ne peut se penser hors du Rail puisque le froid intense l'interdit. D'ailleurs le héros, Lien, relie tous ces éléments entre eux de part son prénom.), scientifique (les Garous, les Roux sont les éléments d'une réflexion sur les manipulations génétiques : la première s'emballe dans le désordre, la seconde pour prouver que l'homme peut s'adapter aux températures extrêmes).

Je n'irai pas plus loin au risque d'en dire trop et de déflorer l'intérêt que pourraient avoir pour cette longue saga, les amateurs de Science-Fiction. 
D'autant plus que « La Compagnie des glaces », série écrite entre 1980 et 1992, n'est qu'une partie émergée de l'iceberg : en effet, les aventures de Lien Rag et des siens continuent dans les opus écrits entre 2001 et 2005, « Chroniques glaciaires » et « La Compagnie des glaces : nouvelle époque ».


« La Compagnie des Glaces » relate l'histoire du monde étrange provoqué par l'explosion de la lune, la décision prise pour des raisons politiques, religieuses, scientifiques, philosophiques ou autres, par les dirigeants des Compagnies ferroviaires de cacher aux Hommes un certain nombre de documents. Ces derniers furent scellés par le secret, aussi, selon l'auteur lui-même « il devenait donc urgent de faire parler les Archives Secrètes des Wagons Mémoires »

... la suite lorsque je m'attaquerai aux deux prochaines séries !

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